Le mystère de la tombe de Heato reste entier

Added 16/10/2008

Préparation de l'expédition vers la tombe

Le mystère de la tombe de Heato reste entier. Une équipe de tournage venue de France pour réaliser un document sur les marquises s'est installée à Ua Pou. Les reporters montrant de l'intérêt pour tout ce qui touche à l'histoire et aux superstitions marquisiennes, ils réussirent à convaincre un descendant du chef de la vallée de Hakamoui, de les conduire à la tombe. Je servais de guide à cette occasion puisque c'est le propre père de cet ami marquisien qui m'avait montré le lieu recherché au milieu de la brousse. Avant le départ, nous avions convenu que je n'apporterai pas d'appareil photo puisque le message n'avait indiqué qu'il était préférable de le laisser chez moi (voir l'article «  le mystère de la tombe »). Heato prépara comme de coutume, les offrandes pour les apporter à son ancêtre : des fruits.

Nous sommes partis alors que le temps était variable mais quelque gouttes se mirent  à tomber ; Heato me précisa : « ae kaki Heato »… (Heato ne veut pas). Je constatais qu'il était très attentif au moindre signe venu du ciel. Il faut préciser qu'il n'était jamais allé sur la tombe, qu'il en avait entendu parler de façon inquiétante et que pour lui la tradition et le magique sont des bases qui se respectent.

Nous sommes montés à la tombe comme une équipe qui réalise un reportage. Aux abords du « pae pae  funéraire », Heato fit les incantations pour demander l'autorisation d'approcher et surtout de mener en ce lieu des « haoe » (des blancs…). Il fit ensuite une cérémonie de recueillement et présenta les offrandes. La scène dura de longues minutes.

C'est alors, que le caméraman réalisa que sa caméra était en pause car il avait malencontreusement inversé les commandes. Sa réaction fut : « je ne fais jamais cette erreur ; c'est une faute professionnelle ». Il fut désolé comprenant très vite que la scène ne se reproduirait pas une deuxième fois.

Heato montra beaucoup d'émotion car c'était la deuxième fois que cette interdiction de prendre des photos ou de filmer pour des raisons liées à des fautes de manipulation du matériel se produisait. Le caméraman cartésien comme moi expliquait de la même façon que je l'avais fait les raisons de ce problème. Il reste tout de même une coïncidence troublante quand on pense que nous n'étions pas sujets à nous laisser manipuler, que ces situations bizarres nous avaient été prédites et que par deux fois elles  se réalisaient.

Respectons la tradition, respectons la culture marquisienne ; le mystère va garder toute sa poésie car nous nous sommes promis de ne jamais chercher à comprendre. Il est des raisons que la raison ne connaît pas!

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Le chef de Ua Pou, Heato

Added 1/9/2008

Les ruines du pae pae royal

Heato, le chef de la vallée de Hakamoui, avait réussi à fédérer l'ensemble des tribus de l’île. On peut ainsi dire qu'il était le chef de l'île. Un chef sanguinaire, autoritaire qui faisait peur.

Heato, amateur de femmes, voulait épouser la princesse d'une des vallées de Hohoï. Celle-ci n'était pas favorable au projet, mais pouvait-on se refuser à un pareil tyran ?

Elle accepta donc la proposition mais prit des dispositions pour y échapper. Elle décida de fuir l'île avec son village, sans éveiller les soupçons de Heato. Plusieurs jours avant la date prévue pour la noce, elle fit battre les pahus (tambours) pour donner l'illusion d'une préparation des festivités. Les embarcations furent préparées et tout le village, sauf quelques batteurs qui continuèrent le bruit dissimulateur, partit en direction des Tuamotu. On imagine facilement le sort qui fut réservé aux batteurs restés pour tromper Heato.

L'ensemble du village arriva aux Tuamotu, sur l’atoll de Napuka . On dit qu'ils furent dévorés en grande partie (le cannibalisme était de mise là-bas aussi) mais que la reine fut épargnée à cause de sa beauté. Actuellement, on peut considérer qu'une partie des habitants de l'atoll est d'origine marquisienne.

Dans la vallée de Hakamoui, Heato avait un grand pae pae royal. Il en reste les ruines assez bien conservées, mais Toti  me signale que du temps de sa jeunesse il y avait des bas-reliefs magnifiques et qu'ils ont été vandalisés. Au centre du pae pae, un très grand trou où s’empilaient les ossements des victimes car les anciens marquisiens pensaient qu'ils gardaient le pouvoir (le mana) des victimes et ne voulaient donc pas que la tribu ennemie les récupère. On imagine l’odeur qui devait régner certains jours…

En ce qui concerne la rébellion de mon appareil photo lors de ma visite de la tombe de Heato (voir article suivant), on pourra considérer que l'explication est d'ordre technique ; pourtant, après des milliers de photos réalisées avec le rebelle, c'est la première fois que cela se produit (dix fois de suite et en ajustant la configuration de l’appareil à chaque nouvel essai…), on me l'avait annoncé… Quelle coïncidence !!! Je ne me permettrai pas de sourire à propos des croyances de mes amis marquisiens. Ce fut l'occasion de constater qu'un esprit scientifique qui normalement devrait prendre en compte tous les paramètres d'une situation pour l’analyser, écarte hâtivement et avec beaucoup de prétention ce qui ne correspond pas à ses propres évidences… Comportement bien peu scientifique, n'est-ce pas !

 

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Le mystère de la tombe du chef : "ae mau"

Added 30/8/2008

"ae mau"... ça ne marche pas!

Ce samedi, je suis parti avec mon ami Toti,un  marquisien de Ua Pou, descendant de l'ancien chef de l'île : Heato. Nous avions pour but une visite de la tombe du chef sanguinaire. Celle-ci se trouve à mi-hauteur d'une grande colline qui surplombe la magnifique baie de Hakamoui. A la pointe de cette colline, on a construit un pae pae qui était réservé aux guetteurs.

Nous avons donc pris un chemin qui serpente entre les acacias, les cabanes des squatters et les anciens pae pae. Afin de simplifier les rapports, nous avons un peu discuté avec les habitants illicites…. Leurs habitations sont constituées de simples tôles supportées par des poteaux en bois. Une couche rudimentaire est installée sur le sol. Ils cultivent des ananas, des bananes et autres plantes locales ; ils élèvent des chèvres.

Après avoir réglé ces préliminaires, nous nous dirigeons vers la tombe ; la pente est forte, le sol glisse et les acacias sont nombreux. Nous arrivons enfin près du pae pae mortuaire et là Toti me précise : « quand j'étais jeune, nous venions chasser le cochon et la chèvre et il était de circonstances de respecter le silence des lieux, de respecter Heato… ». L'ancien chef a manifestement laissé une grande crainte parmi les habitants de la vallée et notamment ses descendants. « Tu sais, il a bouffé beaucoup de monde ici ; quand on revenait de la pêche, on laissait toujours un poisson sur les pierres de son pae pae et chaque fois, celui-ci avait disparu lorsque nous vous repassions ensuite »

Le pae pae funéraire

Mon ami est manifestement très ému à l'approche du lieu funéraire. Au centre du pae pae funéraire, on aperçoit la dalle centrale qui recouvrait le corps ; elle a basculé et on peut facilement distinguer l'intérieur de la tombe. Une dalle verticale semblable à celle qui présente l'épitaphe sur une tombe ordinaire est restée en place ; aucune inscription bien sûre puisque l'écriture n'existait pas…Heato est mort en 1845. Deux dalles latérales qui étaient appuyées pour former un chapiteau sont toujours là. On est frappé par l’usinage fin  des dalles qui s’encastrent très bien ; on est pourtant à l'époque de la pierre polie, il n'y a pas d'outils en métal.

J'en profite pour faire de nombreuses photos et je m'approche du trou béant qui permet d'observer l'intérieur. Toti me fait remarquer : « ce n'est pas du remblai, la tombe est  creusée dans la roche, elle s'agrandit dans le fond par rapport au trou de surface ». Il me vient donc l'envie de prendre en photo l'intérieur de la tombe. Je prends une,deux, trois photos puis m’approche et là…, je constate que mon appareil est bloqué : simple problème technique certainement. Je recule un peu et vérifie  que mon appareil fonctionne à nouveau. Stupeur ! Je connais les croyances locales et en bon provocateur les ai déjà transgressées bon nombre de fois avec succès. Je recommence l'opération : nouveau blocage dès que je m'approche de la dalle. Je recommence une dizaine de fois avec le même résultat : l'appareil fonctionne en dehors de la dalle et se bloque dès que l'on entre dans la tombe.

Je reste cartésien, il n'est pas question d'adhérer à des superstitions pareilles ; je suis tout de même très intrigué et déstabilisé. Quant à mon ami, il manifeste clairement des regrets quant à notre venue en cet endroit redoutant peut-être une suite à problèmes.

Nous redescendons ; je suis très intrigué et Toti, lui, manifeste ses certitudes... De retour au village, nous rencontrons son fils à qui nous racontons les péripéties. Il interroge immédiatement son père : « est-ce que tu as fait les incantations dans la brousse avant d'arriver à la tombe ?

-non, répond Toti

-mais pourquoi n'as-tu pas fait les incantations ?... »

Ce matin, j'ai rencontré Heato, le fils de Toti qui porte le nom du terrible ancêtre et il m'a précisé:"tu sais que tu es le seul haoe (blanc) a être allé là-bas..."

 

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