La grande illusion

Added 16/1/2009

Au fond, tout ça c'est bien compliqué!On est des humains...modernes; le tribalisme...c'est la préhistoire, mais l'église ne propose-t-elle pas un programme post mortem qui a des airs "club med"...

On ne peut pas accepter les pratiques cruelles des anciens; mais que penser des jolies vahinés qui ont remplacé la liberté de vivre les joies du soleil, dévêtues sur le sable...par un maillot de bain couvert d'un paréo pour dissimuler leurs charmes...!

Cette petite remarque très réductrice devrait porter le flambeau du bon goût. Un de mes amis, ici, en terre chrétienne...c'est le père, le chef de la paroisse...et nous avons longtemps discuté, lui pasteur et médiateur d'une idéologie qui a fait beaucoup de bien sur l'île et moi,  païen provocateur mais respectueux des gens de conviction.

Des enfants de la terre des hommes ont trouvé une ligne et des repères qui les rendent heureux; les femmes portent haut les fleurs de la terre des ancêtres et les hommes domestiquent le bois pour orner les églises;  parfois, ces femmes et ces hommes s'évadent dans les parfums de la brousse et des enfants naissent pour continuer l'oeuvre de leurs ancêtres...

Chaque dimanche, les belles passent la porte de l'église, toussent un peu...pour éclaircir leur voix et vont s'agenouiller devant les symboles sacrés avant d'entonner le "peato", un chant magnifique en canon que mes meilleurs amis refusent de chanter lorsqu'on fait la fête tant il est chargé de respect. Et le païen que je suis apprécie, car même si mon ambition "éternelle" se situe près du sac poubelle, je suis admiratif et respectueux de leur fidélité.

Le bénitier, sésame pour accéder au nirvana conduit les fidèles dans le droit chemin; c'est vrai que le mien est plus tortueux mais l'investissement du coeur et la dose d'illusion sont là. Ah...le bénitier!!!

La chaire, chargée de représentations primaires n'est qu'un leurre pour faire douter les illuminés; les sculpteurs qui l'ont réalisée, ont placé l'ange sous l'aigle à droite du lion et à gauche du boeuf. On n'imagine pas l'ange entre trois poules...ou trois grues...

Bien sûr, à l'arrière, il y a toujours cette obsession à vouloir montrer que les tikis (symboles de la société tribale), sont dominés par la sainteté...oublions cette faute de goût...

Côté mobilier, les sculpteurs ont donné le meilleur de leur art; du grand art...c'est superbe, massif et proche de la perfection

Le tabernacle est couvert d'inscriptions en marquisien; il est pour moi l'occasion de cesser mes provocations faciles (mais gentilles); symbole que mes amis respectent...symbole que je respecterai

 

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La main au bénitier, les yeux dans les "saints"

Added 9/10/2008

Offerte à Ua Pou au dernier festival

Les rampants qui évoluent avec les tikis sous les pieds dominateurs des "saints"...tout un symbole; le forcing de la mission...

  

La cène, l'image  la plus importante de l'évangile. Même pour un mécréant comme moi, une représentation forte qui inspire le respect et la tolérance. Beaucoup plus de considération que pour les messages qui dévalorisent les racines de la culture marquisienne. Peut-être un jour, des apôtres de toutes les cultures... 

Dans une île comme Ua Pou, l'église est le centre du monde. La religion, c'est l'ensemble des repères moraux ; c'est le calendrier hebdomadaire au rythme duquel les fleurs quittent la brousse pour finir en apothéose au cou et sur la tête des belles.

Malgré la beauté des reliefs, les couleurs de la brousse et le caractère si versatile de l'océan, les pulsions sociales sont parfois frustrées. Ici, pas de cinéma, pas de restaurants, pas de galeries marchandes et aucun endroit où les talons aiguilles peuvent marteler le sol accompagnés des froufrous et des belles toilettes.

Heureusement, le dimanche, il y a la grand- messe ; un parfum de tiaré envahit les lieux et chacune y va de sa plus belle mise, le coeur léger, le front altier et les seins pointés.

En entrant dans les lieux, la pureté et  l'innocence, la générosité et l’altruisme s'expriment à pleins poumons au son des chants marquisiens accompagnés des guitares et des pahus.

Le cadre est très aéré car l'église est ouverte sur la brousse. Le vent circule aisément,  porteur de parfums et d'insectes. Des générations de sculpteurs ont travaillé pour créer les saints en miro (bois de rose) et  Jésus en tohu noir. Un Jésus dont le visage plein de souffrance focalise les regards et les âmes.

Comme dans tous les édifices religieux marquisiens,  des saints et des vierges  piétinent les tikis, symbole d'un paganisme cruel et concurrent. Car, soyons-en certains, même parmi les plus convaincus, les croyances anciennes sont toujours présentes :   la peur des « vehine hae » et des lieux « tapu », la maîtrise invisible par les esprits des règles tribales font ombrage à la religion. Et ces souvenirs sont si importants pour l'identification sociale marquisienne qu'ils auront la vie dure !

Un de mes amis qui lit la Bible à l'église n'a pas son pareil pour sentir la présence des tupuna dans certaines vallées.

L'arrivée de l'Évangile, il y a déjà longtemps, a imposé à des peuples organisés autour de la vie tribale, un nouveau regard sur les règles et la morale. L'église a su interdire les pratiques anthropophages  qui réglaient la vie des marquisiens. Finie la chasse à l'homme ou plus exactement la pêche à l'homme puisque celui-ci, victime, était ramené au village un hameçon dans la gueule. Ces pratiques autrefois codifiées et réglées disparurent mais pendant longtemps, le cannibalisme subsista ; plus barbare, plus instinctif, touchant les voisins, les enfants etc…

Si vous souhaitez vous signer en sortant, un autre bénitier a été prévu à cet effet

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