Taipivai , Paeke

Added 12/1/2009

Nous avons donc décidé de réaliser une grande expédition à travers la vallée et les sites dans lesquels les rires des tikis étaient, il y a moins de deux siècles,  couverts par le son des pahus et par les hurlements des sacrifiés...Toutes les pierres et tous les tikis de ce document sont anciens et ont vibré avec les "Taipi". La découverte commence dans la baie du contrôleur, en face du Cap Martin et de ses sombres falaises; à gauche, l'entrée de la baie de Taipivai.

C'est dans cette baie que vivaient les terribles "Taipi", la tribu la plus redoutée de Nuku Hiva. La baie protégée offre un accostage aisé; c'est dans la grande cocoteraie que se trouvent les sites dont Paeke, déjà présenté sur le blog . Un site tellement magique qu'une visite matinale s'imposait.

Tuhatete qui adore plaisanter sur les fantaisies de ses ancêtres me proposa, en guise d'échauffement...une pierre à égorger...qui avait beaucoup servi! Elle permettait le sacrifice de deux personnes en même temps (deux encoches voisines pour passer les cous des deux malheureux; en haut à droite sur la pierre). On voit à droite, l'ouverture prévue pour laisser couler le sang !!!

Les encoches...

Cette pierre est disposée devant la chefferie de Taipivai, comme la plus banale des pierres, encadrée par plusieurs tikis...qui ont dû voir des horreurs..

Ces tikis authentiques ont été réalisés avec des outils en pierre (on ne connaissait pas le métal)

On sacrifiait les prisonniers de guerre, des gens (hommes, femmes ou enfants) d'autres tribus capturés dans la brousse ou au bord de l'océan, ceux qui avaient désobéi aux ordres du Taua et tous les handicapés de la tribu. Et lorsqu'il n'y avait plus de sacrifiables...on partait à la chasse à l'homme car il fallait impérativement du sang.

Pae pae du sacrifice avec au centre le tiki à qui on offrait la victime

Pae pae du haut avec plusieurs tikis

Ce matin dans la cocoteraie...les noix de coco tombent en faisant un bruit étrange... et les seuls gémissements que l'on peut deviner sont ceux des cochons sauvages au moment de l'amour...

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Les "taua", grands prêtres marquisiens

Added 18/11/2008

Dans la société marquisienne, une hiérarchie très organisée classe les autorités du culte. Les « taua » sont les grands prêtres (parfois des femmes) ; les « moa » sont les serviteurs des grands prêtres; les « tuhuka ooko » sont les très savants ; les « tuhuka » sont les savants de second ordre.

Les « taua » du premier ordre, sont ceux en qui un Dieu s'est enfermé. Ils pensaient que Dieu choisissait de s'installer dans le « taua ». Celui-ci aurait ensuite le devoir d'annoncer la volonté du Dieu, de demander des victimes et de présider aux sacrifices et à certaines cérémonies.

Un ancien missionnaire (P Garcia) raconte comment le Dieu prenait possession du « taua ».

C'était dans un lieu sacré, la nuit le plus souvent, pendant que le grand prêtre se reposait, la tête appuyée sur le tronc d'un cocotier. Il criait parce qu'il entendait venir le Dieu. On entendait un bruit tantôt fort tantôt léger, mais toujours étrange, une sorte de ventriloquie, art que les marquisiens n'ignoraient pas. Le grand prêtre annonçait : le voilà, le voilà ! Je le tiens... Je le serre dans la main ; d'autres fois, il prétendait qu'il était descendu dans son ventre.

Le « taua » devenait alors triste, sombre et tremblait de tous ses membres puis il partait avec ses serviteurs, les « moa », parcourir le pays porté par une force invisible. Avec ses serviteurs, il pratiquait des danses grotesques et respectait des règles très strictes quant à la boisson et à la nourriture. Lorsqu'ils passaient (taua et moa), chacun devait rester au logis, sans allumer de feu ; tout travail devait cesser.

De retour dans sa tribu, le « taua » montait  sur les pavés spéciaux des cérémonies, et dans un délire haletant, dans un accès de fureur, il s'écriait: " il faut des victimes humaines… Il en faut (il disait le nombre) vous les trouverez dans tel endroit..."

Alors les guerriers partaient avec confiance et  ne se trompaient pas souvent.. On raconte qu'il n'y avait jamais d'erreurs.

Les victimes étaient ramenées puis présentées sur la place publique. Les femmes taua venaient faire des évolutions devant elles et si elles portaient un bâton de bois de fer (appelé "hoto "), c'était le signe qu'elles allaient demander des victimes ; si elles portaient un morceau de canne à sucre, il y avait tout lieu de penser qu'elles n'en réclameraient pas .

Les « taua » inspiraient une crainte respectueuse voisine de la terreur. Tous ceux qui passaient sur leur ombre, sur leur natte, sur leurs habits etc... et tous ceux qui cherchaient à entraver leurs desseins étaient « dignes de mort ».

 

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Sacrifices et cannibalisme

Added 20/10/2008

gravure fin du 18e siècle

 

Parler de cannibalisme et de sacrifices, c'est évoquer des horreurs qui font partie de l'histoire des hommes.

J'ai régulièrement l'occasion d'aborder le sujet avec mes amis marquisiens ; cela se passe aussi facilement que si l'on devait parler des cruautés perpétrées au Moyen Âge, en Europe et ailleurs.

 Le texte qui suit est très dur, j'ai fait un simple copier/ coller, car on ne peut pas réécrire ces mots.Il faut dire que j'aurais eu autant de mal à décrire des scènes de l'histoire de France:

- souvent des gens ont été roués sur la place publique d’une ville française devant des dizaines de spectateurs (leurs voisins) ou ils ont été jeté au fond d'une oubliette

-d'autres accusés de sorcellerie après avoir avoué sous la torture, ont été conduits au bûcher sous les clameurs de la foule et l'accord de l’église…

La cruauté fait certainement partie de la construction génétique des êtres humains. Heureusement, la société a progressé pour réguler ces travers naturels. Mais, tout n’est pas aussi simple partout…chaque jour, les informations apportent leur lot de malheurs...

chef de Tahuata 1774

1856 : Le poisson humain (Mgr Dordillon)

"Lorsqu'un peuple, pour un sujet quelconque, est parvenu par la force ou le stratagème à se procurer une victime, soit un homme ou une femme, soit un enfant ou un vieillard, soit vivante ou morte, deux hommes des plus robustes la saisissant par les pieds et les mains, l'attachent solidement sur une longue perche, la chargent sur leurs épaules et marchant l'un devant l'autre la portent suspendue entre eux deux sur la place publique, point de rassemblement où déjà se trouvent réunis les tuhuka les prêtres et tout le peuple, tous parés comme aux plus grands jours de fête.

Cependant les tambours aux battements lugubres et sauvages, se mêlant aux chants ou plutôt aux cris les plus barbares, annoncent au loin l'approche de la victime. Aussitôt qu'elle paraît, la musique infernale redouble d'horreur. Arrivée sur la place publique, à l'endroit désigné la victime est jetée par terre, les tuhuka l'environnent et les chants cessent. Alors le chef des tuhuka pousse un cri sauvage et tourné vers la victime il entonne et poursuit d'une voix de cannibale le chant suivant, accompagné de battements de main et de gestes les plus expressifs et les plus analogues à la circonstance et qui peignent le mieux toute la joie féroce qu'il ressent; Tuku a ! Tuku a! Tuku a !

E tama ! E tama ! E tama !

Hapai ! Hapai ! Hapai !

( Ici, on élève la victime suspendue à la longue perche sur laquelle elle est attachée, le tuhuka continuant toujours son chant.)

Koi a! Koi a! Koi a !

( Ici, les deux hommes qui tiennent la victime levée et suspendue la jettent par terre.)

Hanau a ! Te tama ! Hanau é ! Hanau é ! I te kui ko ia ! E te manu a u ! A éé te tui ! A éé ki tai! Hati mai te rau o te tai ! Tekiteki to vae (ou vai - illisible) me he vae o te tupa! O te tupa i ahukena é ! É ! O! Te vaka kao! Ao a te vaka ki atu! Umia , ei Euaukaki ! hia! Eutoake, e tama na Haumi a ! Kai ! O Tetuaono te kouuoo, peenei hoki te vaka kaeke i uka he Toea, o te Toea te vaka oko, oia huioko, o te Toea te vaka, o te Tokaoa, ua haka me te vaka peenei a. To vaka kaeke i uka he Toea é! E Tekouo! kouoo te Atumoana i! é! A... Ku! Taa ua i! i

Ici, le tuhuka monte sur une espèce d'estrade ou petite élévation de pierres de forme carrée, et tenant à la main un grand hameçon au bout d'une ligne de pêche, il le met dans la bouche de la victime et continue de chanter :

Haka au ! Haka au te metau, e to oe tihe ! Metau a Taiko ; e to oe tihe! Metau a Tavake, e to oe tihe ! Ua haka au te mouka e to oe tihe ! E mouka Kapua! Mouka Koreko! Haka au mai te puaka, e to oe tihe ! Haka au mai Moeoho au! Haka au mai Anieui, e to oe tihe! haka au mai Hovai ! E kua te metau Naeka é te ia mei hea ? I te ia mei tai Naeka, na Kutukia. O haka tahataha Naika i metau rua ! O Hakahiahia Naeka, e metau ei ! O Haka hahahaha e metau ake ! Tuku iho i ao! i ao i utu rua ! Na hua kaioi ! Na hua mounave (?) o Rai ta u ika o Neautoake (?), na ta u ikaikai aki ! o Titirua ( Titikua ?) tinaku ii! Tuki, tuki moa ! E hia Kumoa ? Na te tupu mai ? O Niénié, o Viteueeke ! E tahe ! E apa koe i ! I tai ! I Havaiki ! Aua koe e taki uti mai ! Ue te motua é ! Te tama o! Te piheo é! Te haétoa é! Apa koe! i tai! I Havaiki!

Pendant cette dernière partie du chant le tuhuka soulève de temps en temps la victime avec l'hameçon qu'il tient à la main , puis le laisse retomber par terre et enfin lui arrache avec ses ongles et l'un après l'autre les deux yeux, le cœur (?- illisible-), le dessous des pieds et le dedans des mains, qu'il dévore. Le reste du cadavre est ensuite cuit au four, coupé par morceaux, distribué et mangé par tous, à moins que cette victime ne soit pour le dieu car alors on la porte intacte dans le lieu sacré où on la laisse suspendue à un arbre, jusqu'au troisième jour, après lequel on la descend et on l'enterre. Ou du moins on la cache dans les pierres, sur lesquelles le dieu fait sa demeure.

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Taipivai tikis à Peke

Added 19/10/2008

Dans la vallée de Taipivai (l’eau de la tribu des «  taipi »), le site de Peke, moins grand que le site de Melville mais en parfait état de conservation (sur le site de Melville les tikis ont été enlevés).

On est frappé par l’ambiance que les lieux dégagent. De solides tikis, nombreux et massifs gardent les deux principaux « pae pae ». En arrivant, mon ami marquisien, originaire d’une petite vallée voisine et ayant vécu dans une maison en bambou,  me dit : « rassure-toi, on a fait bénir au moins cent fois l’endroit, on ne risque plus rien…tu sais, ici , c’était un lieu sacré »

 Et la visite confirme les impressions : en voyant à côté de chaque tiki, une pierre polie placée pour poser le cou de la victime à sacrifier et des trous utilisés pour l’aiguisage des outils, on comprend qu’il y a eu de très nombreux sacrifices.

Vehea le tiki, à droite, la pierre polie où avait lieu le sacrifice; au premier plan les aiguisoirs

 

Plus haut, dans le deuxième pae pae, on trouve un grand trou typique des sites marquisiens : « quand j’étais petit, je l’ai vu rempli d’ossements humains… »

En quittant l’endroit, on se dit que c’est une chance d’avoir vu ce tohua intact et authentique. Une restauration laissera-t-elle la magie et l’émotion à ce niveau…

 

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